Les invités

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C’est soir de réception chez les du Vivier. Sophie, la maîtresse de maison, s’affaire à mettre la dernière touche à la décoration et surtout au sacro-saint plan de table. Comment mettre à l’honneur un invité, en ménageant les susceptibilités des autres, en évitant l’ennui et les mauvaises associations de personnes ? C’est bien plus compliqué qu’il n’y paraît au commun des mortels. Car la table des du Vivier est réputée dans la grande bourgeoisie parisienne. Et dans ce milieu-là, la faute de goût ne pardonne pas. Et ce soir, l’invité d’honneur est un homme d’affaires étranger sur le point de signer un gros contrat avec M. du Vivier – c’est dire l’importance du moment. Alors Sophie a prévu un dîner avec le gratin de ses amis. Mais c’était sans compter sur l’imprévu. Le destin, entre annulation et invitée surprise, vient changer le cours de ce dîner qui s’annonçait si parfait. Au moment de passer à table, une invitée s’aperçoit avec effroi qu’ils sont treize convives. Impossible dans ces conditions que tout se déroule sans accroc. Sophie du Vivier se retrouve alors contrainte de convier à sa table sa domestique Sonia. Celle-ci devient alors l’objet de toutes les attentions, bonnes ou mauvaises.
Portrait acerbe de la bourgeoisie, ce petit roman – que l’on imaginerait aisément adapté en pièce de théâtre ! – livre avec élégance les poncifs du milieu, les préjugés les plus désolants, les clichés les plus horripilants. Et les humiliations tues, celles de la pauvre Sonia pour qui ce dîner devient une véritable torture mais aussi celles de ces invités où tout n’est qu’apparence. Les personnages sont terriblement bien campés par la plume féroce et cynique de Pierre Assouline. Le style en fait un vrai bonheur de lecture. Loin de tomber dans un manichéisme bien pensant – du genre, les bourgeois seraient tous des cons et les gens du peuple forcément des gentils – le roman évoque un monde qui vit à côté du nôtre, où certaines idées reçues ont vraiment la vie dure, où l’éducation fait parfois passer à côté de la vie. C’est terrible de cynisme, de drôlerie aussi.
Les invités de Pierre Assouline. Editions Gallimard (2009)
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Publié dans Voyages en France

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J
J'ai beaucoup aimé ce livre et je me rappelle que les gens semblaient surpris du sens de l'humour que possède cet auteur...
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