Jeudi 12 juin 2008
Ça commence comme un bout de tendresse, ça finit comme un coup de poing. Pourtant pendant un instant, c’est l’étonnement qui a dominé, l’agacement même. Ce n’était pas le film auquel je m’attendais, pas le film dont le réalisateur m’avait parlé il y a un an (filmer une boutique de quartier, lieu de rendez-vous des habitants). Enfin si, c’était ça mais c’était autre chose aussi. Il nous avait certes prévenus que cette fois, sa caméra n’était plus si invisible, ni lui d’ailleurs. Oui il nous l’avait dit. Mais pendant un instant, je me suis demandé ce qu’Alexandre Boutié faisait là, pourquoi subitement il se filmait lui-même, pourquoi c’est dans son intimité qu’il nous faisait entrer. Dans celle de ses aïeuls et dans celle de ses descendants aussi avec ses si belles images qui se passent de mots de la lumineuse Joséphine et de ses petits camarades. Et finalement, ce que je croyais ne pas avoir vraiment compris m’a bouleversée, chamboulée, retournée longtemps encore après la projection.
Ce qu’il y a dans « La boutique des Temps Modernes », c’est bien sûr une profonde humanité. Je crois qu’elle habite la caméra d’Alexandre quel que soit le sujet filmé.
Ce qu’il y a dans « La Boutique des Temps Modernes », c’est aussi ce qu’il y a de plus beau à la Réunion. Pas les paysages de cartes postales, non. Ça, on s’en fiche, tant d’autres nous les montrent ! Ce qu’il y a de plus beau, c’est nous, le métissage, les rencontres, les couleurs qui se mêlent, les cohabitations parfois étranges entre les religions, entre le passé et le présent, entre les traditions, le respect des valeurs et le chant des sirènes de notre monde moderne.
Ce qu’il y a aussi dans cette « boutique » décidément bien fournie, c’est la quête, la quête de soi. Tout comme il y a quelques semaines, une simple nouvelle de
Karine Fougeray a ouvert en moi des failles et réveillé les souvenirs du non-dit, le film d’Alexandre Boutié a appuyé, doucement d’abord et presque douloureusement ensuite, sur les manques. Alexandre découvre au cours du tournage que son arrière grand-père (ancien maire de la ville où Alexandre a grandi, où il vit et qu’il filme aujourd’hui) avait choisi Pétain plutôt que De Gaulle. Il prend ça en pleine poire, au fil d’une conversation, et, avec cette nouvelle, la conscience que l’on ignore souvent beaucoup (trop ?) de son histoire.
J’ai le manque d’un grand-père que je n’ai jamais connu et dont on ne parlait jamais, si ce n’est deux anecdotes venues une de ma grand-mère et une de ma mère, les deux ne lui rendant malheureusement pas vraiment un bel hommage. Est-ce qu’il n’était que cela ? et n’ai-je pas un peu de lui en moi ? Mon père m’a dit un jour en parlant de généalogie qu’il n’en voyait pas l’intérêt : « Et si tu découvres que ton ancêtre était un tueur sanguinaire ? » m’a-t-il demandé. De toute façon, de ce côté-là de la famille, c’est comme si on n’avait pas d’histoire. Et si moi, en vieillissant, j’étais en manque d’histoire ?
A peine plus de 50 minutes et l’effet d’un cyclone au fond du coeur. Alors, à Alexandre, j’ai juste envie de dire merci.


Film : « La boutique des temps modernes » réalisé par Alexandre Boutié (Les films 1,2,3).

Autre film d'Alexandre Boutié: "Le grand petit monde de la Rivière des Roches" (sur une communauté de pêcheurs de bichiques). Disponible en DVD.
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Mardi 17 avril 2007
Retour à la garde alternée depuis cette semaine. Ma Loute prend donc des repères plus quotidiens dans notre nouvel appartement. Et depuis lundi, au moment de se coucher, elle me demande si elle a le droit de lire. Question à laquelle vous vous en doutez, j'ai répondu un oui enthousiaste et ému: "elle me ressemble cette petite". Bien sûr, j'ai tout de même rajouté "pas trop longtemps", histoire qu'il n'y ait pas d'abus (bien que je ne sois pas persuadée que les abus de lecture soient nuisibles... euh parfois le miroir me dit le contraire, c'est vrai quand j'y pense!).
Lundi, c'était "Max et Lili" et un peu de "Titeuf", la Loute étant très branchée BD en ce moment. Et hier, mardi, elle ouvre Titeuf, puis me dit: "c'est pas mieux si je lis un Comtesse de Ségur?". "Comme tu veux ma chérie" avec un demi-sourire plein d'émotion. "Aide-moi à en choisir un pas trop compliqué" me demande-t-elle. On n'a pas remis la main sur Les malheurs de Sophie qui doit être enfoui au milieu de ma "fausse bibliothèque mais vrai capharnaüm". Elle avait déjà tenté de le lire mais un peu trop tôt et c'était difficile mais elle avait un souvenir d'une histoire de poupée fondue. Finalement, nous avons opté pour Les caprices de Giselle. Hier soir, elle a donc lu et lu. Son premier geste quand elle a émergé après mon câlin-réveil matin a été de reprendre sa lecture. J'ai du venir la chercher pour le petit déj. Et avant de partir pour l'école, elle m'a demandé conseil pour un autre titre: "Je ne veux pas prendre Les Caprices de Giselle parce qu'il y a une page qui s'en va et j'ai peur d'en perdre d'autres. Mais je veux un autre livre pour lire après la cantine". Et cette fois, ce fut Les Vacances... ou Les bons enfants - j'avoue je ne me rappelle plus bien.
J'étais toute émue hier de la voir se plonger dans les histoires de mon enfance, qui m'ont tellement plu que je n'ai plus jamais arrêté de lire depuis. Et puis, ses livres, ce sont les miens, ce que moi aussi je feuilletais. Je n'ai jamais pu m'en séparer de ceux-là en me disant "si un jour j'ai une fille et qu'elle aime lire, je lui offrirai mes livres". Voilà c'est fait: l'an dernier, je les lui offrais. Aujourd'hui, elle les lit. Moi tout ça, ça m'émotionne!
par l'encreuse publié dans : vies émues
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Vendredi 25 août 2006
Un petit mot glissé par ma Loute sous la porte de la salle de bains... parce que l'amour n'attend pas.
par l'encreuse publié dans : vies émues
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