Samedi j'avais "Rendez-vous à Brick Lane" pour y rencontrer une femme magnifique qui a su conquérir sa liberté. Dimanche, je suis
allée écouter un "Conte de Noël" somptueusement cruel. Mercredi, c'était la valse des amours et des incertitudes du "Modern Love" qui m'ont fait sourire. Jeudi, ce sont plutôt les silences, les
non-dits, les gênes et l'air d'un "Il y a longtemps que je t'aime" qui m'ont émue aux larmes. Vendredi, j'ai vu des extraterrestres, des vaches, des mariés, des vieux qui s'aimaient, se
déchiraient, se mentaient. (Euh oui, c'est plus difficile d'intégrer un titre de film, c'était une série de courts-métrages ;-)
Est-ce que je pourrais passer ma vie au cinéma? D'après vous?
Alors
qu’elle rentre de vacances, Lili, 19 ans, apprend par ses parents que son frère jumeau, Loïc, a quitté la maison suite à une dispute avec son père. Sans nouvelle de ce frère habituellement si
proche, Lili n’arrive pas à se faire à sa disparition. Elle l’imagine mort, reproche à ses parents leur inertie, en veut à son père d’être la cause de ce départ. Lili arrête alors de s’alimenter.
Elle est dans un état critique lorsqu’elle reçoit une carte de Loïc, la première d’une longue série, qui redonne un souffle de vie à ce corps brisé. Lili survit plus qu’elle ne vit, se
raccrochant aux courtes nouvelles envoyées des villes où erre son frère, la guitare à la main.
J’avais
entendu parler de ce film, de la prestation remarquée de Mélanie Laurent mais j’étais totalement passée à côté lors de sa sortie en salle. Cette erreur est à présent réparée et ce film beau,
touchant, poignant et pudique m’a laissée sans voix. Les interprètes y excellent : la jeune Mélanie Laurent en sœur perdue, Kad Merad en père désabusé, Julien Boisselier en amoureux transi,
Isabelle Renaud en mère blessée. Jusqu’au dénouement, on se prend à espérer avec Lili. On n’ose à peine croire à la vérité terrible et inimaginable. Une magnifique histoire d’amour filial teintée
d’horreur.
Film : "Je vais bien, ne t’en fais pas" de Philippe Lioret ( scénario : Philippe Lioret et Olivier Adam/ adapté du roman éponyme d’Olivier
Adam) avec Mélanie Laurent, Kad Merad, Julien Boisselier, Isabelle Renaud, Aïssa Maïga.
Petite soirée théâtre la semaine dernière... et pur moment de bonheur!
En bref, le pitch : à la mort de son mari, Bernarda Alba « condamne » ses cinq filles à huit années de deuil ; un enfermement que trouble à peine le soleil filtrant par les persiennes. Les cinq jeunes femmes se morfondent entre ennui, hypocrisie, petites jalousies et fantasme : celui de l’amour et de l’homme. L’aînée, la seule à hériter de la fortune paternelle peut prétendre au mariage et son parti semble intéresser un jeune homme de la ville, Pépé le Romano. Cette union quasi inespérée – cette sœur ayant déjà 39 ans – suscite parmi la fratrie bien des convoitises.
Le texte ne m’était pas inconnu et avait d’ailleurs suscité mon envie d’aller voir la pièce. Mais le spectacle fut au-delà de toute attente. La mise en scène très particulière d’Andrea Novicov en a fait un moment de théâtre absolument sublime ! L’accueil dans la salle d’abord : une petite jauge de 200 places mais en lieu et place des traditionnels fauteuils, de simples bancs en bois… pas très confortables, il faut le dire. Un inconfort pourtant bien vite oublié devant tant d’ingéniosité. Nous voilà donc installés sur des bancs et la scène ouvre sur un castelet géant, comme dans un théâtre de guignol. Tous les personnages ont l’air de marionnettes, engoncées dans leurs costumes sombres. Et cette pièce au fond tragique réussit à nous faire rire ! On passe du rire aux larmes, en enlevant rien à la force du texte initial. Tout y est : le joug d’une matriarche implacable, le sort triste de femmes qui ne connaîtront jamais le bonheur, les amours impossibles, les lâchetés, le drame annoncé qui se joue dans l’ombre de la nuit propice aux amours illicites et pourtant on arrive à en rire tant la mise en scène et le jeu d’acteur mêlent efficacement comédie et tragédie. Un bien bel hommage à Garcia Lorca – lui aussi amateurs de marionnettes – et une heure et demie de théâtre inoubliable pour les spectateurs ébahis dont je faisais partie. Alors, s’ils passent du côté de chez vous, n’hésitez pas et courez acheter des places ! Jubilatoire !
La Maison de Bernarda Alba d’après Frederico Garcia Lorca
Mise en scène d’Andrea Novicov, création de la Compagnie Angledange
par l'encreuse
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