Lou Bertignac a 13 ans et un QI largement au-dessus de la moyenne. Au lycée, elle se sent minuscule, pas vraiment à sa place et plutôt seule. Chez elle, l’ambiance n’est guère
plus réjouissante. Depuis la mort de Thaïs, sa petite sœur, la mère de No hante l’appartement comme un fantôme, muette et enfermée en elle-même. A l’occasion d’un exposé, Lou va se rapprocher
d’une jeune fille qui erre dans la gare. No semble à peine plus âgée que Lou mais sa vie à elle, c’est la rue. La jeune SDF se laisse doucement apprivoiser par cette drôle de fille qui pose des
tas de questions. Et lorsque Lou convainc ses parents d’accueillir No, c’est leur vie à tous qui prend un nouveau tournant.
J’avais beaucoup entendu parler de ce livre, je ne sais pas vraiment ce que j’en attendais. Plus peut-être (sûrement) que ce que j’y
ai trouvé… un roman gentil qui m’a plu sans me toucher particulièrement. Je ne saurai expliquer l’impression qu’il me laisse. Sa lecture fut certes agréable - quoique j’ai commencé à ressentir
quelque lassitude à un moment où l’histoire patine un peu, les jours se répétant inexorablement - mais sans plus. Pas de grande originalité en ce qui me concerne. Peut-être aussi est-il arrivé
après plusieurs autres qui laissaient la voix à un adolescent et que cette voix-là, celle de Lou, n’a pas su couvrir les autres.
No et moi de Delphine de Vigan. Editions Jean-Claude Lattès (2007).
Laure et Clarabel (et bien d’autres encore !)
l’ont lu aussi.
crédit photo: Jean-Claude Lattès & Amazon
par Véro
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vies lues
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Une jeune mère en dépression post-natale se retrouve « enfermée » dans une chambre dans une maison inconnue sur les bons conseils de son médecin de mari. Il lui
faut du repos afin qu’elle retrouve ses esprits et puisse reprendre une vie d’épouse et de mère aimante, avec l’unique ambition d’être une femme au foyer parfaite, vivant dans l’ombre d’un mari
érudit. Celui-ci préconise un repos absolu, sans stimulation intellectuelle et donc sans écriture. Dès le départ, la jeune femme n’apprécie pas la chambre choisie par son mari et prend en grippe
le papier jaune qui recouvre les murs. D’ailleurs les motifs ne bougent-ils pas ? Et qui est cette femme prisonnière de ce papier ?
Dans un récit halluciné digne du Horla de Maupassant, Charlotte Perkins Gilman livre un
texte terrible bien plus complexe qu’une simple nouvelle fantastique. La post-face de Diane de Margerie (qui a également traduit ce court récit) éclaire le texte d’une nouvelle lumière : la
terrible réalité qui touchait les femmes dans un siècle où leurs désirs d’émancipation et de liberté n’étaient pas encore prêts à être acceptés par une société dominée par les hommes. La folie et
les hallucinations de cette jeune femme sont la séquestration de l’auteure elle-même. Dès le départ, tout était déjà réuni dans ce petit livre pour me plaire : l’époque et le genre. A la
lecture de la post-face, j’y ai été bien plus sensible encore. Et l’envie est maintenant présente de découvrir le roman écrit par Charlotte Perkins Gilman (a priori pas disponible en français)
ainsi que les écrits de la soeur d’Henry James (dont le nom m’échappe).
Merci à Laure pour ce joli cadeau !
La séquestrée de Charlotte Perkins Gilman (traduction et postface de Diane de
Margerie). Editions Phébus, collection Libretto (2008).
crédit photo: Phébus & Amazon
Lorsque Vincent reçoit la lettre de Geneviève qui lui demande de venir à son chevet, il
n’hésite pas un instant. Quinze ans qu’il n’a plus de nouvelles, quinze ans qu’ils se sont séparés, chacun enfermé dans sa douleur, incapables de se soutenir l’un l’autre. Quinze ans que le drame
est arrivé, que leur petite Clara a disparu. Quinze ans aussi que Vincent l’a “oubliée”, enfouissant au plus profond de lui le bonheur connu auprès
de Geneviève et de Clara, effaçant par la même occasion la douleur de la perte. Geneviève, elle, s’est construit une autre vie à la campagne, plus près des choses et de la nature avec toujours au
coeur le souvenir de Clara, refusant l’oubli et l’espoir. Au seuil de sa vie, Geneviève appelle Vincent pour une dernière conversation.
J’en avais lu de belles choses sur ce livre et l’envie était bien présente de le
découvrir. Mon attente ne fut pas déçue. La plume de Laurence Tardieu toute en finesse nous place au plus près des personnages, de leurs tourments, de leur douleur, de leurs cris intérieurs. Des
souvenirs de bonheur, il émane une douce lumière comme la caresse d’un rayon de soleil sur la joue. La douleur de Vincent et Geneviève nous tord les tripes à nous aussi. On a envie de les prendre
dans nos bras pour les sauver mais on comprend aussi l’éloignement, l’enfermement de chacun. J’ai lu d’une traite ce roman hier, en fin d’après-midi, et au réveil ce matin, j’étais encore sous le
charme de cette plume élégante et sous l’émotion de cette belle et triste histoire... C’est ça le pouvoir de la littérature, tout ne s’arrête pas une fois le livre refermé. Il y en a qui nous
hantent encore longtemps. Alors encore merci Laure pour ce beau moment d’émotion!
Puisque rien ne dure de Laurence Tardieu. Le Livre de Poche (2008). Édité chez Stock en 2006.
Crédit photo : Le livre de poche &
Amazon
Clara vit avec sa mère, médecin. Ou plutôt elle passe sa vie à croiser sa mère. Elles se
laissent des messages pratiques, des message d’amour, des rendez-vous souvent reportés sur la porte du frigo. Et même lorsque la vie leur joue un
mauvais tour, mère et fille continuent leur étrange correspondance parce qu’il est parfois plus facile d’écrire que de dire... Clara essaie d’être une ado pendant que sa mère essaie de vaincre la
maladie. Elles se blessent, se séparent, se retrouvent, partagent, se cherchent, se ratent mais surtout s’aiment.
Un très beau roman épistolaire qui réussit la prouesse de faire naître des émotions à travers peu de mots. C’est juste, sensible et
ça respire l’amour. Mais c’est terrible aussi tout en restant pudique sur la maladie qui ronge, que l’on devine entre les lignes. L’émotion est là, palpable, dans ces petits mots griffonnés
parfois à la va-vite ou dans d’autres à peine plus longs. Et elle nous prend à la gorge tout simplement.
Ne t’inquiète pas pour moi
d’Alice Kuipers traduit de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec. Éditions Albin Michel (2008).
Diane aime follement Richard qui l’a courtisée pendant deux ans. Mais lorsqu’elle croit sentir l’amour de Richard s’étioler, elle prend les devants, avouant elle-même un
début de désintérêt. S'ensuit une rupture, douloureuse pour les deux amants mais que chacun fait semblant de surmonter avec entrain. Mais Diane n’a pas dit son dernier mot, elle prépare
méticuleusement sa vengeance et son amour se mue peu à peu en une haine profonde.
Cette pièce - actuellement montée à Paris avec dans les rôles-titres Clémentine Célarié et Tcheky Karyo – est une terrible
illustration des malentendus de l’amour et des dégâts que provoque la violence des sentiments. A l’image de la dérive des continents, Eric-Emmanuel Schmitt montre habilement et cruellement
comment tout changement de sentiment peut entraîner une catastrophe.
La tectonique des sentiments d’Eric-Emmanuel Schmitt. Editions
Albin Michel.
Paroles de marins