Elevé entre la
soupe maternelle et la moustache paternelle, Hector vit tant bien que mal et collectionne avec excès. Cette collectionnite aiguë est à la fois un paradis dans lequel il se réfugie pour survivre
et un enfer qui le coupe de véritables liens sociaux. A bout, Hector tente de mettre fin à ses jours. Au retour de ce douloureux voyage, il croise Brigitte et l’évidence s’impose : elle est
la femme de sa vie. Une vie qui semble alors lui sourire, oubliées les collections – l’amour et Brigitte sont ses nouveaux crédos. Mais un jour, un geste anodin de sa femme vient ruiner
cette belle sérénité et Hector n’a plus qu’une idée en tête : collectionner sa femme, plus exactement cet instant de pure sensualité qu’elle lui a offert malgré elle. On pourrait reprocher à
Foenkinos d’utiliser parfois des ficelles un peu grosses mais son humour grinçant et son héros déjanté font de ce roman un agréable moment d’hilarité.
Le potentiel érotique de ma femme de David Foenkinos. Ed. Folio
Par l'encreuse
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Petter pose sur le
monde un regard cynique et se réfugie dans les histoires qu’il invente. Il déborde d’imagination et est obligé de coucher sur le papier ce foisonnement permanent de nouvelles histoires pour
désencombrer sa tête. Petter est conscient de son talent mais il ne recherche aucunement la reconnaissance. Il pourrait devenir écrivain mais cela ne l’intéresse pas, il ne cherche pas la
célébrité et aurait plutôt tendance à exécrer le monde futile des écrivains et des éditeurs. A cours d’argent, il décide pourtant d’utiliser ce précieux don, tout en restant dans l’ombre :
il devient " Aide-écrivain ", vendant aux auteurs en mal d’inspiration des scénarios d’histoires plus ou moins élaborés. Homme auréolé de mystère, ses amours sont tout aussi
dénuées d’ancrage dans le réel. Cumulant les aventures, scénarisant les ruptures, il aime un souvenir: celui de Maria, son seul amour, partie sans laisser de traces emportant avec elle un enfant
à naître. La vie de Petter est une toile dont il a tissé les fils avec soin ; il doit maintenant veiller à ne pas lui aussi se faire prendre au piège.
Avec ce texte, je découvre Jostein Gaarder – oui oui j’étais passée entre les mailles du mondialement lu Monde de Sophie – et
c’est une très agréable découverte. Il avait des points d’avance : il est norvégien et je suis une dévoreuse de littérature du Grand Nord. Puis j’avais entendu parler de ce livre voilà près
de deux ans, lors d’un café littéraire, par un lecteur subjugué. Sa présentation avait intrigué plusieurs d’entre nous : il nous avait vraiment donné envie de le lire. Puis j’avais oublié le
titre mais ayant depuis rencontré ce lecteur, je me suis empressée de me renseigner et j’ai bien fait ! D’abord le héros désabusé et intrigant me plaît, le regard qu’il jette sur une société
de l’apparence me parle. Il est pourtant parfois désagréable, tellement sûr de lui et de son talent, tellement calculateur mais il a également quelque chose du héros romantique : celui qui
n’aimera jamais qu’une seule femme, dut-il ne jamais la revoir.
L’autre intérêt de ce roman est qu’il regorge d’histoires : Petter s’en raconte, les partage avec ses proches et connaissances et
vend les autres. Le livre est émaillé de ses contes, nouvelles, scénarios de romans. Et derrière ce héros à l’imagination fertile, on ne peut que saluer l’auteur qui semble lui aussi en avoir
plein la tête !
Vous dire que je l’ai lu il y a peu, nonchalamment étendue dans le transat d’un hôtel quatre étoiles (le chikungunya peut parfois
faire des heureux…) avec le lagon pour horizon (d’accord là je frime !) vous énerverait peut-être mais surtout que cela ne vous enlève pas l’envie d’aller rencontrer La fille du
directeur de cirque.
La fille du directeur de cirque de Jostein Gaarder. Ed. Points/Seuil
Par l'encreuse
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En
1814, Ingres se rend en Italie comme beaucoup de grands peintres de l’époque. A Naples, il tombe sous le charme d’un jeune modèle qu’il ramènera à Romes où il peindra « La Dormeuse de
Naples », un tableau qui semble subjuguer tous ceux qui l’ont vu… et ils ne sont pas si nombreux. Le tableau a en effet disparu. Le peintre Corot a lui eu l’occasion d’y poser les yeux et
rêve d’une nouvelle rencontre. Un jeune élève de Géricault poursuit la quête de l’œuvre et du modèle si parfait, après l’avoir aperçu dans l’atelier de son maître.
Trois voix, trois confessions pour ce polar « artistique »
particulièrement bien écrit. Une plongée dans l’Italie romantique et l’art des grands maîtres. On se laisse prendre au jeu de cette quête improbable, feuilletant, une fois le livre refermé, nos
histoires de l’art pour y trouver le fameux tableau. Maintenant je vous laisse le chercher…
La Dormeuse de Naples d’Adrien Goetz. Ed.
France-Loisirs (existe en Points Seuil)
Par l'encreuse
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« Disons que le patron du bar Le Crédit a voyagé m’a remis un
cahier que je dois remplir, et il croit dur comme fer que moi, Verre Cassé, je peux pondre un livre, parce que, en plaisantant, je lui avais raconté un jour l’histoire d’un écrivain célèbre qui
buvait comme une éponge ». Un poivrot patenté, habitué du Crédit a voyagé devient ainsi le biographe d’un bar congolais crasseux, lieu de toutes
les rencontres et de toutes les passions. « Le sens de la conservation » de l’Afrique se meurt et seuls les écrits restent, telle est la conviction de l’Escargot entêté, patron du café.
Alors Verre Cassé attaque sans grande conviction la narration d’une épopée invraisemblable, narration à laquelle il prend goût peu à peu. Sous sa plume à l’humour parfois féroce naît une galerie
de portraits pittoresques. On y croise des éclopés de la vie dont les destinées tiennent plus du conte que de la réalité. Mais plus que des portraits d’invidus, c’est celui d’une Afrique drôle et
inattendue que nous offre Alain Mabanckou dans un style haletant. Il passe en revue hypocrisies, coutumes, politique, religion, culture avec un humour décapant, sans langue de bois et une
pointe de sérieux quand il le faut. L’auteur congolais pose sur son pays un regard parfois cynique mais profondément tendre tout en rendant subtilement hommage à la langue française. Verre Cassé est une œuvre truculente, exubérante et lucide qui en a déjà séduit plus d’un puisqu’elle a reçu le Prix des Cinq Continents de la Francophonie , le
Prix Ouest-France/Etonnants voyageurs et le Prix RFO du livre en 2005. Alors précipitez-vous sur ce petit moment de bonheur. Rires garantis !
Verre cassé d'Alain Mabanckou. Editions Pocket.
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Margaret ne veut pas se marier. Surtout pas avec ce
Syl coureur de jupons qui a l’âge de sa mère. Une mère qu’elle craint et qui prépare frénétiquement cette union destinée à l’échec. Elle impose le mari, la robe (la sienne qui ne va pas du tout à
Margaret), une vie de souffrance à une Margaret perdue. Car Margaret sait ce qui l’attend après ce mariage dont elle ne veut pas mais contre lequel elle n’ose pas s’opposer. Et Margaret a aussi
un secret : les quelques mois qu’elle a passés en Egypte chez sa tante lui a fait découvrir l’amour, le rejet et le crime. Une histoire qui lui laisse un goût amer et la persuade qu’elle
n’aimera plus jamais. Aux côtés de cette mère autoritaire et de cette fille soumise, Lili, une amie de la mère, apporte son lot d’excentricités dans les préparatifs. Image même de la femme
libérée, elle apportera à Margaret une autre vision de la vie de femme.
Les critiques enthousiastes de cette trilogie découvertes chez quelques bloggueuses m’ont tentée. Et je ne le regrette absolument pas ! Les habits neufs de
Margaret est un petit bijou où l’humour fait grincer des dents. La narratrice, terriblement désespérée et lucide sur l’avenir que lui prépare sa mère, se révèle complexe : cachée derrière
son masque de jeune fille fade et bien éduquée, sa vie intérieure est loin d’être conventionnelle.
Les habits neufs de Margaret d’Alice Thomas Ellis. Editions Points Seuil.
Crédit photo : Amazon & Seuil
Par l'encreuse
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Paroles de marins