Lady L.

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roman-ladyl.jpgAu crépuscule de sa vie, la vieille Lady L. entreprend de raconter à son ami Sir Percy, son étonnante ascension dans la noblesse britannique. Car si on lui prête d’illustres ascendants, celle que l’on prénomme Diane a, en fait, des origines bien moins reluisantes. Fille d’un anarchiste alcoolique, la future Lady L. a passé son enfance à rêver de luxe. Maîtresse d’une figure de proue du mouvement libertaire, elle a manœuvré par dévouement à la cause. Mais ce dévouement n’a jamais été le sien, elle l’a épousé pour mieux le combattre et pour tenter de lui enlever son plus fidèle serviteur, le bel Armand Denis. Bien plus que le récit d’une arriviste ou d’une chanceuse, c’est celui d’une amoureuse éperdue qu’elle relate. Lorsque la jeune Annette Boudin – alors femme de petite vertu – rencontre l’anarchiste Armand Denis, c’est toute sa vie qui bascule. La fille de joie se transforme en courtisane, fréquentant les meilleurs salons et les plus grandes fortunes pour servir la cause d’Armand et de ses compagnons. Mais si c’est son amour pour Armand qui anime Annette, le jeune homme lui n’a qu’une obsession : sa chère cause, l’humanité. Une rivale de taille pour Lady L. qui la mènera à commettre l’acte le plus douloureux de sa vie.
Je dois avouer que ma connaissance littéraire concernant Romain Gary est quasi nulle ! Heureusement le swap « Thé et littérature » m’a permis de découvrir ce titre par l’intermédiaire de Praline, inconditionnelle de Gary. Tout ce que j’aime se trouve dans ce roman : la grande et belle impossible passion (eh non, je ne suis pas vraiment fan de happy end !), un personnage de femme volontaire et une langue délectable ! Quel plaisir de plonger dans la prose élégante de Gary à la découverte de cette héroïne blessée devenue une grande dame à qui l’on pardonne ses excentricités – après tout, elle est Française et en Angleterre, ceci suffit à expliquer cela. Sous ses airs de Lady, elle pose sur le petit monde qui l’entoure un regard presque froid, comme si la mort de son amour de jeunesse lui avait retiré à elle aussi un peu de vie et de chaleur, en tout cas un peu de sa capacité à aimer.

Extraits :

Chapitre III :

« La première influence intellectuelle et morale qu’Annette dut subir dès son plus jeune âge fut celle de son père, un maître typographe qui venait fréquemment s’asseoir sur son lit pour  expliquer à son unique enfant qu’il n’y avait que trois sources de clarté qui illuminaient le monde en dehors du soleil et que, tout citoyen, homme, femme ou enfant, devait apprendre à vivre et à mourir pour elles : la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Elle avait donc commencé à haïr très tôt ces mots, non seulement parce qu’ils lui arrivaient toujours dans une forte odeur d’absinthe, mais aussi parce que la police venait fréquemment cueillir so père, qu’elle accusait d’imprimer secrètement et de distribuer des pamphlets subversifs appelant le peuple à la révolte contre l’ordre établi, et chaque fois que les deux argousins arrivaient dans leur taudis pour passer les menotte à M. Boudin, Annette courait vers sa mère qui faisait la lessive dans la cour et lui annonçait :

-          Liberté et Egalité ont encore emmené le vieux au poste. »

 

Chapitre XV :

« Le visage de Lady L. sous ses cheveux blancs était impassible, sa main posée sur sa canne dans un geste souverain ; ses yeux avaient une lueur amusée.

- Oui, je sentis tout de suite qu’il était sur ses gardes, qu’il ne se fiait plus entièrement à moi. Et il était vrai que j’étais prête à tout – ou capable de tout, si vous préférez – pour le garder. Je ne sais même plus si c’était l’amour qui dominait en moi, ou la haine pour ma rivale, l’humanité, cette maîtresse qu’il servait avec une telle ferveur, avec un si total dévouement. Il m’observait avec un détachement, une froideur ironiques, avec – comment dire ? – avec une telle connaissance, voilà que je me sentais vraiment piquée au vif : si sa bien-aimée s’imaginait que j’avais dit mon dernier mot, que j’allais le lui laisser, elle se trompait. Il était capable de tout pour ses beaux yeux, rien ne l’arrêterait, il était prêt à tout lui immoler, mais moi aussi je savais ce que c’est, une passion totale et j’allais le lui prouver. Et j’avais été à bonne école, voyez-vous. […] »

 

Lady L. de Romain Gary. Editions Gallimard, collection Folio. (1963)

 

Crédit photo: Galimard & Amazon

 

 

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praline 08/01/2008 11:38

Je suis très heureuse qu'il t'ait plu ! J'en profite pour te souhaiter une heureuse année 2008 et te dire à très bientôt, au travers des commentaires, des swaps... et pour la peine, et parce que c'est l'époque du gui, bisou :)

Véro 13/01/2008 07:39

Merci Praline! Plein de belles choses à toi aussi pour cette nouvelle année!Je note TOUS les Romain Gary dans mes LAL.

Maried 05/01/2008 21:09

J'avais lu "La vie devant soi" et j'avais beaucoup aimé... Je crois que je vais me laisser tenter par celui-là aussi !

Véro 06/01/2008 12:42

C'est un agréable moment de lecture assuré!

Karine 02/01/2008 14:43

Honte à moi, je n'ai jamais lu Romain Gary!  Je note pourtant ce titre, étant aussi fan des grandes histoires d'amour impossibles!!! (je sais, je sais, il y a beaucoup d'autres points intéressants dans ta critique... mais c'est celui qui m'a sauté aux yeux!!!)

Véro 03/01/2008 07:58

Pas de honte, il n'est jamais trop tard pour les belles découvertes! Moi aussi, les amours impossibles ne font craquer... ;)