- Allô Véro, c'est Do!
- Bonjour ma belle ça va?
- Oui écoute, j'ai un truc à te proposer. Bla bla prof de danse... bla bla stage... bla bla bla ce week-end... bla bla bla ensemble! (le tout avec un enthousiasme débordant dans la voix)
- Ben oui, ça me tente, je suis rouillée, je ne sais pas si je vais y arriver mais j'en ai envie, ça oui!
- Je te donne le numéro et t'appelles, hein! En plus, je suis sûre que ça te fera du bien au corps et au moral!
Et me voilà embarquée ce week-end dans un stage de danse contemporaine. Huit heures pour retrouver des sensations. Huit heures pour rappeler à mon corps combien ça lui manque (parce que ma
tête, elle, le sait). Huit heures de découverte. Huit heures de partage aussi avec ma douce Do.
Dans la grisaille de cette fin de semaine - depuis quelques mois les jeudi et vendredi ont cette triste couleur. De toute façon, même si le soleil brille, je n'ai pas le temps de l'apercevoir -
cette perspective est un petit rayon de soleil. Bon, il ne reste plus qu'à ressortir vivante (en tout cas en un seul morceau!) de l'expérience...
"Il y a des livres que nous parcourons dans l'allégresse, oubliant chaque page lue sitôt tournée la suivante; d'autres que nous lisons avec
révérence, sans oser ni approuver ni contester; d'autres qui se bornent à nous renseigner, excluant d'avance nos commentaires; d'autres encore que, parce que nous les aimons si fort et depuis si
longtemps, nous ne saurons que répéter, mot à mot, car nous les connaissons, au sens propre, par coeur. Et il y en a beaucoup encore qui tiennent de tous ceux-là et qui, au lieu de susciter le
silence (respectueux ou ravi), nous aiguillonnent, nous prennent aux épaules, exigent de nous que nous réagissions par une opinion, une réflexion, une question, un souvenir, un désir."
Extrait de l'avant-propos de Journal d'un lecteur d'Alberto Manguel (Actes Sud, 2004 - traduit de l'anglais par Christine Le Boeuf)
Samedi j'avais "Rendez-vous à Brick Lane" pour y rencontrer une femme magnifique qui a su conquérir sa liberté. Dimanche, je suis
allée écouter un "Conte de Noël" somptueusement cruel. Mercredi, c'était la valse des amours et des incertitudes du "Modern Love" qui m'ont fait sourire. Jeudi, ce sont plutôt les silences, les
non-dits, les gênes et l'air d'un "Il y a longtemps que je t'aime" qui m'ont émue aux larmes. Vendredi, j'ai vu des extraterrestres, des vaches, des mariés, des vieux qui s'aimaient, se
déchiraient, se mentaient. (Euh oui, c'est plus difficile d'intégrer un titre de film, c'était une série de courts-métrages ;-)
Est-ce que je pourrais passer ma vie au cinéma? D'après vous?
Des avantages... bon ben ça, c’est pas bien difficile, c’est vous. Vos visites, vos petits mots, la douce folie littéraire qui flotte au-dessus
de vos blogs, vos passions, vos coups de gueule.
Côté inconvénients, j’évoquerai l’achat intempestif de carnets (ce n’est pas bon pour le pouvoir d’achat, ça !) pour y noter tous vos conseils de lecture (ça non plus, ce n’est pas compatible
avec la conjoncture actuelle). Enfin je dis ça mais les carnets, j’adore ça.
Il y a aussi les multiples tentations. Plus possible de flâner dans une librairie sans tomber sur un titre dont l’un de vous a parlé. Et comme, à l’instar de Gaston Lagaffe, je résiste à tout
sauf à la tentation, je vous laisse imaginer les dégâts causés par votre enthousiasme littéraire.
Et puis, je viens de découvrir un autre inconvénient : n’importe qui peut venir vous lire (ouais c'est un blog en même temps) et deviner parfois qui se cache derrière votre pseudo. Rien de bien
grave puisque je ne dénonce rien de particulier par ici et que ce blog n’est en aucun cas l’étendard d’une âme justicière et rebelle que je n’assumerais pas. Au pire, j’avoue que certains livres
m’ont ennuyée. Mais hier, je me suis, à mon insu, retrouvée dans une situation un peu embarrassante. J’arrive à une interview et l’objet de mes questions me demande tout de go : « Le port de
l’Encreuse, c’est toi ? ». Petit silence... ai-je rougi ? je me suis sentie un peu prise au piège, bon j’ai timidement répondu « oui». Et là on me répond « merci, c’est gentil ce que tu as écrit.
Je faisais quelques recherches sur ce qui a été dit sur le film et par déduction, je me suis dit qu’il ne pouvait s’agir que de toi. ». Grand moment de solitude. Parce que ce que j’y avais écrit
y était personnel, que je n’avais pas forcément envisagé de le faire lire au réalisateur, en tout cas. Je m’étais posé la question et je m’étais dit « peut-être plus tard si j’ose mais
certainement pas avant l’interview ». Parce que ces choses-là ne seraient jamais publiées dans le magazine pour lequel je travaille mais que j’avais besoin de les écrire. Timides justifications :
«euh oui, c’est parce que ton film m’a vraiment parlé ». Fin de l’épisode. Mais un vrai malaise pour moi. Vite dissipé heureusement par la gentillesse d’Alexandre et les tonnes de rush qu’il m’a
montrés. Eh oui, j’ai eu droit à un rab de « La boutique... » Et là, je me suis dit que, quand même, ce boulot avait parfois de jolis avantages.
Paroles de marins