Avant il s’appelait Mateo Blanco. Aujourd’hui, il se fait plus appeler que par son pseudonyme Harry Caine. Mateo,
c’est la vie d’avant, celle où il voyait, celle où il aimait d’un amour fou, Lena. Sans la vue et sans Lena, Mateo n’est plus qu’Harry. Il ne réalise plus de films mais continue à en écrire et
mène une vie épanouie. De Lena et de sa vie d’avant, il ne parle pas. Son amie fidèle et directrice de production Judith semble, elle aussi, entretenir le mystère et le secret autour de cette
histoire. Mais le jour où Harry décide de parler à Diego, le fils de Judith, les masques se craquèlent, les trahisons sont mises à jour et l’amour révèle ce qu’il a de plus fou.
Un nouvel opus d’Almodovar, on l’attend toujours avec un brin d’impatience – celui-ci ne déroge donc
pas à la règle. Superbe casting – le réalisateur espagnol sait faire briller même les plus petits rôles -, photo magnifique, caméra hautement maîtrisée, joli hommage aux classiques américains,
clins d’œil à Audrey Hepburn, Marilyn Monroe ou Alfred Hitchcock. Il y a tout cela dans « Etreintes brisées ». Et pourtant, il lui manque un petit supplément d’âme, le petit truc
indéfinissable qui habite le cinéma d’Almodovar et laisse sa trace encore longtemps en nous. Un beau film et une mise en abyme réussie auxquels il manque cependant un peu de la causticité, du
« politiquement incorrect » auxquels Pedro Almodovar nous a habitués.
"Etreintes brisées" de Pedro Almodovar avec Penelope Cruz, Blanca
Portillo, Lluis Homar… (2009)
Elle s’appelle Maud, est romancière et en panne d’écriture depuis huit mois. Un coup de téléphone inattendu va la sortir de sa torpeur. Au bout du fil, la voix d’un homme croisé il y
a six ans dans une soirée. Ils y avaient uni leurs solitudes dans une longue conversation ponctuée de silences, entourée de troubles. Une longue nuit irréelle qui a figé dans le cœur de Maud une
idée fixe : elle aime cet homme. Pendant six ans, elle le fanstasme, l’habille de la lumière de la passion malgré, ou peut-être à cause du silence entre eux. Ils ne se sont jamais
revus. Alors, lorsqu’il l’appelle pour lui proposer une collaboration sur un prochain film, le désir fait vaciller Maud, un désir fou dont elle ne se savait pas capable. Et avec lui reviennent
l’écriture et les souvenirs, ceux de l’intime et de l’enfance qu’elle pensait avoir oublié à jamais.
Jusqu’à l’obsession, jusqu’à la saturation, jusqu’à la désillusion, Laurence Tardieu déroule le fil d’un amour
dévorant. Un amour à l’épreuve du temps, une passion douloureuse presque nécessaire à la vie, une attente sourde, une mise à l’épreuve de ces vies « si fragiles et si incertaines. On croit
parfois leurs fondations solides, on s’émerveille du chemin parcouru, puis, comme ça, soudainement, pour un éblouissement, elles volent en éclats, se fracassent contre un rêve. » Un
véritable amour ou peut-être finalement n’était-ce qu’un rêve d’amour ?
Avouons-le, ce dernier roman de Laurence Tardieu m'a moins charmée, emmenée que Puisque rien ne dure. En tout cas, au début. L'héroïne ressasse sans fin l'attente de cet homme plus rêvé qu'autre chose. Mais alors que
le lecteur pourrait être agacé de cette folle obsession, Laurence Tardieu sait subtilement donner un virage à son récit. Et vu le nombre de passages que j'ai notés... c'est sûr, ce livre m'a tout
de même parlé!
Un temps fou de Laurence Tardieu. Editions Stock
(2009)
Extraits :
p. 20 : « J'ai peur de vous revoir. Peut-être aurait-il mieux valu en rester là, comme nous l'avons
fait depuis six ans, conformément à je ne sais quel accord tacite passé entre nous : ne pas nous revoir, jamais, garder au creux de nous cette longue nuit irréelle comme un secret qui
n'appartient qu'à nous. Peut-être, au fond, l'accident est-il celui de notre rencontre, pas du silence qui s'ensuivit. Les vies sont si fragiles, si incertaines. On croit parfois leurs fondations
solides, on s'émerveille du chemin parcouru, puis, comme ça, soudainement, pour un éblouissement, elles volent en éclats, se fracassent contre un rêve. Qui peut se prémunir de ça? Qui peut se
croire assez fort pour ne jamais chuter, pour ne pas désirer céder à ce qui un instant l'a fait défaillir ? J'ai peur de vous revoir, mais comme j'en suis heureuse. »
p.32 : « J’ai peur de vous retrouver. J’ai peur de prononcer votre nom. Je ne le prononce pas. Je
l’ai prononcé trop de fois, au cœur de nuits trop longues, trop blanches, à l’aube, à la tombée du jour, dans ces moments où la vie se fait soudain incertaine, comme si quelque chose au-dedans
d’elle se brisait et l’empêchait de se poursuivre, ces moments où on doute qu’à la nuit succèdera le jour, on ne sait plus, la solitude envahit tout, comme une marée qui n’en finirait pas de
monter, elle déborde les mots, les pensées, on ne peut plus parler à celui qui vit avec nous, on serre son enfant contre soi, on ne sait pas s’il a peur mais on voudrait le rassurer, on aimerait
qu’il ne connaisse pas ce fracas intérieur, cette impuissance, la vie qui se rompt, manque d’abandonner. »
p.185 : « La nuit est silencieuse. L’aube n’est pas encore là. Je reste allongée dans le lit. Je me
souviens comme je t’ai attendu. J’avais pensé que tu serais celui qui me consolerait. Tu me consolerais du sentiment déchirant de se savoir en vie et pourtant de passage. Tu me consolerais de ce
que la vie ne soit qu’une insupportable succession de pertes. De ce que rien ne dure et que tout s’efface. De ce qu’on s’efface.
Depuis une dizaine d’années a passé. Ma vie n’est plus la même. Je vis aux côtés d’un homme qui m’aime. Ma
fille est devenue une jeune femme. J’éprouve pourtant toujours au fond de moi, comme un sanglot que je cache à tous, le même besoin de consolation. Mais je crois avoir compris que personne,
jamais, ne pourra me consoler. On devrait peut-être apprendre aux enfants qu’on reste à jamais inconsolable. Que ça ne sert à rien de chercher ça. Que ça n’existe pas. Que c’est un rêve qui
n’existe pas. »
Chloé pleure, Chloé est hébétée, Chloé vient de se faire larguer par Adrien, son mari. Avec ses deux filles, elle trouve refuge dans un chalet prêté par ses beaux-parents. Pendant que ses
enfants continuent à vivre, Chloé ne sait plus ce qu’elle attend. Seul adulte qui la relie au monde, son beau-père. Il est là chaque jour, veillant le feu dans la cheminée, préparant les repas,
compagnon silencieux du chagrin de Chloé. Ce couple disloqué, cette fin d’histoire réveille en lui celle d’un amour fou qu’il a partagé il y a plusieurs années avec Mathilde. Et le taciturne
Pierre, le chef de cette famille « où l’on ne parle pas » raconte sans pudeur à sa belle-fille cette passion, ces années où il s’est senti vivant et sa blessure aussi. Parce qu’il n’a pas osé,
parce qu’à l’éblouissement, il a préféré la sécurité d’une vie sans lumière.
L’histoire est certes banale : un coup de foudre, un adultère, des rencontres dans des chambres d’hôtels, des coups de fil faits de murmures tendres, le désir, le manque, les petits mensonges.
Mais Zabou Breitman a su joliment mettre en scène tout ça : les regards, les demi-sourires, les silences et tous les petits riens qui font les grandes histoires, qui font l’amour tout court.
Celui que l’on a tous croisé, éprouvé. Celui qui nous a fait croire, attendre, pleurer. Celui qui nous a construits ou qui nous a détruits. Une histoire universelle en somme, qui parle à chacun
de nous. Et puis il y a les acteurs : Daniel Auteuil, touchant en amoureux fou mais aussi en homme blessé. Marie-Josée Croze, lumineuse tout simplement.
Je me souvenais peu du livre de Gavalda, juste que je ne l’avais pas particulièrement aimé, plus intéressée par les nouvelles de l’auteure que par ses romans. Mais après avoir vu le film, j’avoue
que je me replongerais bien dans le bouquin. Parce que cette évocation de la passion avec ses interdits, son désir explosif, son bonheur éphémère, ses compromis, ses déceptions, sa lâcheté et ses
broiements de cœur m’ont vraiment émue.
"Je l’aimais" de Zabou Breitman avec Daniel Auteuil, Marie-Josée Croze, Florence Loiret-Caille… (2009)
Euh là, j'en ai (un peu... non beaucoup) marre: grosse grippe!
Vivement les vacances la semaine prochaine... Avec un peu de chance, je serai rétablie pour pouvoir en profiter
vraiment ;-)
Là, je me traine...
Une disparition qui ne fera certainement pas la Une de nos journaux locaux, celle-là, et pourtant... Pina Bausch a fait sa dernière révérence et je me souviens du très beau début de "Parle avec
elle" de Pedro Almodovar.
Paroles de marins